La deuxième vie de Marie


La première fois que j’ai vu Marie, elle était en retard et essoufflée, je voyais bien qu’elle avait couru, qu’elle s’était dépêchée.

Malgré cela, elle avait plus de trente minutes de retard. Elle avait pris rendez-vous quelques jours auparavant, pas longtemps avant, un peu comme sur un coup de tête. Lorsqu’elle s’assit devant moi et se mit à parler, j’avais l’impression qu’elle se parlait à elle-même, qu’elle était encore seule, comme absente, ou ailleurs. Comme dans un endroit de son passé ou de sa mémoire. Elle parla ainsi plusieurs minutes et lorsque je pris la parole, elle me regarda, surprise, comme si elle découvrait ma présence. Marie était boulimique et anorexique. Marie souffrait, elle me le dit et je le voyais. Elle ne se rendait pas compte que de l’extérieur, c’était évident que quelque chose allait mal. Toutes ses attitudes automatiques qui venaient combler son absence dans le présent, l’expression de son visage comme si une douloureuse nouvelle était révélée en boucle, son masque figé sur des fausses notes lorsqu’elle souriait. Tout cela criait qu’elle allait mal. Lorsqu’elle parlait, je voyais se déployer dans ses explications, dans la construction de ses phrases des labyrinthes fait de méandres, de recoins, d’angles droits, de portes figées sur des pivots rouillés. Elle me dit elle-même qu’elle errait, qu’elle était à la recherche d’une chose précise, mais ne savait pas ce que c’était. Marie était perdue et elle ne se rappelait plus où. Elle ne savait pas où elle devait aller, peut-être qu’elle ne l’avait jamais su. Archimede a dit un jour : "Donnez-moi un point d’appui et je soulèverai le monde." Marie cherchait son point d’appui pour s’approprier son monde. D’abord retrouver son chemin. Paradoxalement, ce qui la guida jusqu’à venir chercher de l'aide et qui sera le fils conducteur durant les séances suivantes était cette anxiété latente et permanente, comme une musique de fond désaccordée qui ne la quittait jamais. Patiemment, de séance en séance, j’ai vu cette femme, se confronter à ses peurs pour accéder à ses automatismes, à ses blocages, se donner les moyens d’accéder à qui elle était vraiment. Libérée des conditionnements limitants qu’elle traînait de son éducation, de son histoire, des croyances qu’elle avait d’elle-même. En l’accompagnant dans sa recherche, elle a été pour moi un rappel puissant de ce qu’est la beauté, la force de l’esprit humain. Je la voyais changer, évoluer, s’affiner, se stabiliser et au final incarner un peu plus cette harmonie intérieure qu’elle avait cherché désespérément en dehors d’elle-même. Je l’ai vu se construire un avenir et aménager un présent plus accueillant. Elle était revenue à la vie. Bien sur, je partage l’histoire de Marie de façon anonyme pour elle, sans donner d’élément biographique. Nous étions surtout d’accord pour partager les enjeux profonds d’un accompagnement avec des techniques hypnotiques afin que chacun sache qu’il existe des solutions.


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